Behind The Scenes : Marianne Pourille, Agent Junior chez DS Talents

Marianne à gauche, accompagnée de Nathalie Dubourdieu, directrice de DS Talents, et Éléonore Rambaud, ancienne agent Junior et collaboratrice de Marianne. Photo par Madame Figaro.

Si vous êtes amateurs de cinéma, séries, ou encore de programmes de télé-réalités, vous avez sûrement déjà vu les visages de Raphaël Luce, Enzo Lorente, Mayer, Bastiaan, ou encore le petit César Botti. Et c’est en partie grâce à Marianne Pourille.

DS Talents est une agence pour professionnels de l’audiovisuel, du théâtre et du cinéma, des comédiens, comédiennes, athlètes, réalisateurs, scénaristes et auteurs expérimentés. Sa directrice, Nathalie Dubourdieu, une diplômée de l’ESSEC, a accueilli Marianne Pourille en stage en 2023 avant de l’embaucher en tant qu’assistante, puis récemment, Agent Junior pour l’agence.

J’ai eu le plaisir d’interviewer Marianne pour Collectif !

Comment as-tu su que tu souhaitais travailler dans l’industrie du cinéma ?

J’ai toujours aimé le cinéma : les films, les histoires, les univers qu’ils permettent de créer, mais aussi tout ce qui existe autour d’eux. Au départ, je voulais d’ailleurs être scénariste, parce que j’aimais beaucoup écrire et que je trouvais assez naturel de réunir mes deux passions.

Je pensais donc m’orienter vers une licence de cinéma, mais le Covid est arrivé au moment où je devais faire mes choix d’études. Objectivement, partir dans cette voie me paraissait beaucoup trop incertain, donc j’ai finalement décidé de m’inscrire en droit. Je savais pourtant que ce n’était pas ce que je voulais faire.

Très rapidement, j’ai compris qu’il fallait que je trouve une porte de sortie. Je me suis alors mise à me renseigner sur tous les métiers qui pouvaient exister dans le cinéma, y compris ceux auxquels je n’avais jamais pensé. Et c’est au cours de ces recherches que j’ai découvert le métier d’agent artistique.

J’ai immédiatement eu cette impression d’avoir enfin trouvé, après tant d’années, exactement ce que je cherchais : le cinéma, les comédiens, l’humain, mais aussi une dimension très concrète avec la négociation, l’accompagnement et la stratégie. Il y avait à la fois de la relation humaine, de la création et beaucoup d’imprévu. C’était finalement tout ce que j’aimais, réuni dans un seul métier. À partir de là, je me suis dit que je vais tout faire pour y arriver.

Et je crois que c’est comme ça que tout a commencé.

Quel a été ton parcours dans l’agence pour devenir agent junior ?

En parallèle de mes études de droit, je cherchais à tout prix à faire un stage dans une agence de cinéma. Un soir, ma mère m’a envoyé une annonce : DS TALENTS recherchait une stagiaire pendant deux mois pour aider au recrutement de nouveaux talents.

J’étais à Bayonne à l’époque, mais j’étais prête à trouver un Airbnb à Paris pour pouvoir faire ce stage. Finalement, il était en distanciel, mais je suis tout de même montée à Paris pour les deux heures de formation prévues au début. Et, en repartant, je me suis dit : « C’est exactement ce que je veux faire. C’est l’univers dans lequel je veux être. Je ne pourrais probablement pas m’épanouir ailleurs. »

Le stage s’est très bien passé, j’ai tout fait pour montrer ma proactivité. et j’avoue que je ne comptais pas mes heures…

À la fin de ces deux mois, j’ai fait comprendre à l’agence que j’étais entièrement disponible s’ils avaient besoin de moi pour quoi que ce soit. Deux mois plus tard, Nathalie, la directrice de l’agence, m’a proposé de revenir pour un stage de six mois, peut-être un an, cette fois comme assistante d’agent, en présentiel, à Paris.

J’avais une journée pour lui répondre, et c’était la veille de mon dernier partiel de droit. Je devais faire un choix : continuer dans des études que je n’aimais pas et dans lesquelles je sentais que je m’éteignais petit à petit, ou prendre le plus gros risque de ma vie et partir à Paris. Le choix était finalement assez simple.

J’ai choisi Paris. Nathalie m’a donné ma chance et a complètement changé le cours de ma vie.

En partant, j’ai dit à ma mère : « J’ai six mois pour me rendre indispensable. » Je crois que cette phrase résume assez bien mon état d’esprit à ce moment-là. Je savais qu’on me donnait une chance et que je devais travailler pour la transformer en quelque chose de durable. Je n’avais pas de plan B. C’était ça ou rien.

Les six mois sont devenus un an, l’année est devenue deux ans, puis trois ans maintenant…

Pendant ces trois années, j’ai travaillé aux côtés d’Éléonore, qui était le bras droit de Nathalie. J’ai tout appris à ses côtés, au quotidien, sur le métier, sur les comédiens, sur la manière de les accompagner, mais aussi sur la façon de travailler, de prendre des décisions, de réfléchir.

Nous avons été comme une créature à deux têtes pendant trois ans. Elle a complètement changé ma vie, et est devenue l’une des personnes les plus précieuses de ma vie.

Cet été, Éléonore a décidé de prendre un nouveau tournant dans sa vie et de quitter l’agence. Et, une nouvelle fois, Nathalie m’a fait confiance en m’annonçant que je prenais sa place.

Devenir agent junior aujourd’hui, c’est donc l’aboutissement de plusieurs années d’apprentissage, d’énormément de travail, de sacrifices, mais aussi la conséquence de toute la confiance qu’on m’a accordée, alors même que je débutais.

À quoi ressemble une journée de travail pour toi ?

Les journées ne se ressemblent jamais, et c’est justement ce qui me plaît dans ce métier.

On commence généralement par traiter les urgences : les demandes des comédiens, les nouveaux castings et selftapes, les mails qui nécessitent une réponse rapide, notamment lorsqu’un tournage approche. Il faut être extrêmement réactif, parce que dans ce milieu, les choses peuvent évoluer très vite.

Ensuite, on traite les e-mails au fur et à mesure, toujours en priorisant. On propose les comédiens sur des projets, on échange avec les équipes casting pour défendre leurs profils, on organise des rendez-vous avec les acteurs pour comprendre ce qu’ils ont envie de faire, ce qu’ils ne souhaitent pas faire, les rôles qu’ils aimeraient explorer ou, au contraire, les projets qu’ils veulent éviter.

Il y a également toute une partie contractuelle, qui représente une part importante du métier. Lorsqu’un comédien est validé, nous négocions son cachet, relisons son contrat, vérifions les différentes clauses et demandons les modifications nécessaires.

Et puis il y a tout ce qui ne rentre dans aucune case : un coup de téléphone à passer, une relation à entretenir, un conseil à donner, une directrice de casting à rappeler, un profil à envoyer au bon moment…

Je crois que notre travail consiste surtout à être les représentants de nos acteurs. Nous sommes là pour les accompagner, mais aussi pour les défendre : défendre leur candidature pour un casting, leur place dans un projet, leurs conditions de travail, leur rémunération et leurs intérêts dans les contrats.

C’est vraiment le cœur du métier pour moi : connaître suffisamment bien les comédiens que l’on représente pour savoir où les emmener, et avoir ensuite la capacité de se battre pour qu’ils y arrivent.

Quels sont les critères lorsque tu acceptes de nouveaux talents à l’agence ?

Nathalie, la directrice, a toujours eu une vision assez ouverte du recrutement : elle n’a jamais voulu que l’agence soit réservée à un certain type de parcours. Un CV déjà rempli n’est pas nécessairement plus intéressant qu’un parcours qui commence à peine.

L’agence a accueilli des profils très différents : des jeunes qui sortaient d’école, des personnes en reconversion, des chefs d’entreprise, des comédiens qui avaient déjà beaucoup travaillé comme d’autres qui n’avaient encore jamais tourné… Et même un ancien gardien de prison !

Ce qui compte avant tout, c’est le niveau de jeu, mais aussi ce qu’on perçoit chez quelqu’un : sa personnalité, son potentiel, sa singularité, son envie de travailler et ce qu’on peut imaginer pour lui dans la durée.

Un agent doit pouvoir se projeter avec un comédien. Il ne s’agit pas seulement de se demander : « Est-ce qu’il peut décrocher un rôle aujourd’hui ? », mais aussi : « Qu’est-ce qu’on peut construire avec lui sur plusieurs années ? »

Je trouve cette ouverture particulièrement importante dans un métier où il n’existe finalement, pas de parcours unique pour devenir comédien.

Pour finir, quel a été ton souvenir préféré jusqu’ici avec ton travail ?

C’est une question assez difficile, parce qu’il y a évidemment beaucoup de souvenirs qui me viennent en tête… En particulier les trois années passées aux côtés d’Éléonore, ma manageuse, qui ont énormément compté dans ma vie et dans mon parcours. Je dirai que les moments où on a vu ensemble les projets aboutir après tout le travail en amont nous a procuré de grands moments de joie.

Je pense notamment à une avant-première à laquelle j’ai accompagné un de nos comédiens. Quelques semaines avant le casting de ce film, je l’avais aidé à créer sa bande démo, et le réalisateur a eu un coup de cœur pour lui après l’avoir vue. Cela avait contribué à son casting, puis à sa validation sur le projet.

Et le retrouver ensuite sur grand écran, assis dans une immense salle, avec le public qui réagit à son travail… C’était assez vertigineux. Je me souviens notamment de la salle qui riait, et de lui qui était juste à côté de moi, fier.

Il y a quelque chose de très particulier dans ce moment : pendant des mois, on travaille sur des mails, des appels, des castings, des bandes démo, des contrats… et tout à coup, tout cela disparaît. Il ne reste plus que le comédien, son travail et le public.

C’est probablement dans ces moments-là que je sais pourquoi je fais ce métier, et pourquoi je l’aime autant !


Merci encore à Marianne et DS Talents pour cette interview !

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